Defenders speaking out: the day the radios in Burundi went silent

Version française ci-dessous

– Interview with a journalist from the Radio Publique Africaine, now living in exile.

How do you remember the weeks before the President made his announcement?

Before President Nkurunziza announced his candidacy for the 2015 elections, everybody was on edge – be it the rural population, the politicians, or the human right defenders and other members of civil society. The future of Burundi was uncertain. Inflammatory statements by the ruling party and intimidation by young Imbonerakure militiamen created a sense of fear and panic.

Statements by the government and the ruling party attacked journalists, who were accused of orchestrating the rebel attacks in December 2014 and to be closely followed.

How did you prepare yourself for this?

I prepared by changing the times that I would go home. I stopped visiting the bistros and leisure places because I expected cases of insecurity to occur. In the lead-up to the President’s announcement, I was forced to move, because my neighbourhood was close to pro-government neighbourhoods.

I expected that there would be challenges, but I never imagined that we could arrive at the current level of bloodshed, at a point of where thousands of Burundians would be forced into exile.

What happened after the President announced his candidacy?

The 26 April 2015 was a very tense day and marked the beginning of the protests against the President’s third term. I was doing live coverage of the demonstrations in three neighbourhoods in Bujumbura. That day also marked the attempted shut down of Radio Publique Africaine (RPA). Three ministers came to our station and ordered its closure. They met with a categorical refusal from the radio’s representatives and journalists, because they had no legal documents to support their demands.

On 27 April 2015, we were forbidden from covering the events live, and we were ordered to disseminate the information with a delay. I remember that the independent radios decided to work together and use the Press House’s studio. That day, the police raided the Press House and gave the order to stop the broadcasts. That afternoon, by order of the Prosecutor General of Bujumbura, RPA was closed completely.

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Journalists did not encounter any problems with the protestors. With the police it was more difficult, because we wanted to report on the abuses they were committing. I remember that one of them warned me that a policeman had the intention of shooting me, after I denounced the wounding of protestors by firing live ammunition at them.

Ultimately, the principal event that led to the complete closure of RPA was the management’s commitment to broadcasting information live.

How did the closure of the radio stations take place?

I was at home when the coup d’état was announced [on 13 May 2015].

Radio Télévision Rema FM [a government-owned radio and television station] was the first to be attacked around 5.30pm that day. After the coup was announced, a large number of protestors stormed the station and set it on fire.

In the early hours of 14 May 2015, I received a call from a colleague who informed me that RPA was under attack and had been set on fire. The battle between the putschists and the military lasted 45 minutes, before a loyalist group from the military stormed the building, planted explosives and set it on fire.

While they attacked RPA, another group attacked Radio Télévision Renaissance. A rocket was fired at the electric meter and the cars parked outside were set on fire. Finally, the military police and agents of the National Intelligence Services (SNR) headed towards the offices of Bonesha FM and Radio Isanganiro, which were still broadcasting at the time. They ordered all the journalists to leave the premises and shot at the computers and broadcasting equipment.

Fear and panic took over. We heard that the authorities were hunting down journalists, particularly those who had worked on sensitive issues such as the paramilitary trainings and armament of the Imbonerakure. They believed that even though most of the information had been burnt together with the stations, we had copies on our computers and recorders at home.

Afterwards, I was living on high alert. On 15 May, some SNR agents came looking for me at my house. Luckily I was not there. Since that day I have not spent a single night at my house.


Les défenseurs dénoncent : le jour où les radios burundaises ont été réduites au silence

– Interview avec un journaliste de la Radio Publique Africaine, maintenant en exil.

Que vous rappelez-vous des semaines avant l’annonce du président ?

Avant l’annonce de la candidature du président Nkurunziza aux élections de 2015, tout le monde était sur les nerfs – que ce soit la masse paysanne, les politiciens, ou encore les défenseurs des droits de l’homme et les autres membres de la société civile. Le flou planait sur ce qu’allait devenir le Burundi. Au sein de la population, il s’est manifesté une peur panique suite aux déclarations incendiaires du parti au pouvoir et les intimidations des jeunes miliciens Imbonerakure.

Les déclarations du gouvernement et du parti CNDD FDD attaquaient les journalistes, qui étaient accusés d’avoir commandité les attaques rebelles de décembre 2014 et figuraient sur la liste de ceux à suivre.

Comment vous êtes-vous préparé pour cette période ?

Je me suis préparé en changeant l’heure à laquelle je rentrais à la maison. J’ai arrêté de fréquenter les bistrots et lieux de loisir car je m’attendais à ce que des cas d’insécurité surviennent. À l’approche de la déclaration de la candidature du Président, j’ai été obligé de déménager car mon quartier était proche des quartiers pro-gouvernementaux.

Je m’attendais à ce qu’il y ait une contestation mais je n’imaginais pas que cela puisse arriver au niveau de tuerie actuel, au point de contraindre des milliers de Burundais à l’exil.

Que s’est-il passé immédiatement après l’annonce de la candidature du président ?

Le 26 avril 2015 était un jour très tendu et a marqué le début des manifestations contre le troisième mandat du Président. Je couvrais en direct les manifestations dans trois quartiers de Bujumbura. Ce jour a aussi été marqué par la tentative de fermeture de la RPA [Radio Publique Africaine]. Trois ministres se sont rendus au siège de la RPA et ont ordonné sa fermeture. Ils ont rencontré un refus catégorique des représentants de la radio et des journalistes, car ils n’avaient aucun document juridique qui soutenait leur requête.

Le 27 avril 2015 nous avions été interdits de faire la couverture médiatique des manifestations en direct, et on nous a ordonné de diffuser l’information en différé. Je me rappelle que les radios indépendantes avaient décidé de travailler en synergie et d’utiliser le studio de la Maison de la presse. Ce jour-là la police a fait irruption dans la Maison de la presse et a ordonné l’arrêt des émissions. Ce même jour dans l’après-midi, sur mandat du Procureur de la République en Mairie de Bujumbura, la RPA a été complètement fermée.

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Les journalistes n’ont eu aucun problème avec la population qui manifestait. Avec la police, c’était plus délicat car on cherchait à rapporter les exactions qu’elle commettait à l’endroit des manifestants. Je me rappelle que l’un d’entre eux m’a averti qu’un policier avait l’intention de me tirer dessus, après que j’ai dénoncé ceux qui blessaient les manifestants en leur tirant dessus.

Au final, l’événement principal qui a mené à la fermeture complète de la RPA a été la volonté de la direction de la radio de diffuser les informations en temps réel.

Comment s’est déroulée la fermeture des radios ?

J’étais chez moi lorsque le coup d’État a été annoncé [le 13 mai 2015].

Ce jour-là, la Radio Télévision Rema FM a été la première à être attaquée vers 17h30. Après l’annonce du coup d’État, un grand nombre de manifestants ont fait irruption dans le bureau de la radio et y ont mis le feu.

J’ai reçu un appel d’un collègue m’informant que la RPA avait été attaquée et mise à feu tôt le matin du 14 mai 2015. La bataille entre les putschistes et l’armée a duré 45 minutes, avant qu’un groupe de militaires loyalistes ne fasse irruption dans le bâtiment, y pose des explosifs et y mette le feu.

Pendant qu’ils attaquaient la RPA, une autre équipe attaquait la Radio Télévision Renaissance. Ils ont tiré une roquette dans le compteur électrique et mis à feu les véhicules qui étaient garés dehors. Finalement, la police militaire et les agents du SNR [Service National des Renseignements] se sont dirigés vers les bureaux de Bonesha FM et Radio Isanganiro, qui continuaient de diffuser. Ils ont ordonné à tous les journalistes qui étaient là de vider les lieux et ont tiré sur les ordinateurs et les émetteurs.

C’était la peur panique. Nous avons été informés de la chasse aux journalistes que menaient les autorités, particulièrement ceux qui avaient travaillé sur des dossiers brûlants tels que les formations paramilitaires et l’armement des Imbonerakure. Ils croyaient que même si le gros des informations venait d’être brûlé au siège de la radio, nous avions des copies dans nos ordinateurs et enregistreurs à la maison.

Après, je vivais en alerte. Le 15 mai 2015, des agents du SNR sont venus me chercher chez moi. Heureusement je n’y étais pas. Depuis ce jour, je n’ai plus passé de nuit à la maison.